Récit : Visiter la Montagne Colorée sans Guide


Imagine te lever à 2 h du matin, plongée dans l’obscurité et le froid, en route vers des sommets où les couleurs de la montagne se révèlent au lever du soleil.

Nous étions deux femmes voyageant ensemble, prêtes à affronter l’altitude et l’aventure pour visiter la Rainbow Mountain sans guide.

Le silence à 5200 m, le spectacle des roches aux mille couleurs et la sensation de liberté totale font de ce trek une expérience unique et inoubliable.

Place au récit pour visiter la montagne colorée en totale liberté.

👉 Pour découvrir tous les détails logistiques et l’organisation complète de notre ascension, rendez-vous dans la partie guide de cet article pour tout savoir sur Vinicunca (la montagne colorée)



Un démarrage sur les chapeaux de roue


La montagne colorée est non seulement un phénomène géologique fascinant, mais elle revêt aussi une signification culturelle profonde pour les communautés andines.

Elle est souvent associée à des croyances spirituelles et est considérée comme un lieu sacré.

Zoom sur mon aventure et mon trek sans guide au Pérou.

 

 

Ils ne sont pas vraiment à l’heure. Nous, si. Nuria et moi sommes à peine réveillées lorsque nous arrivons au fameux point de rencontre.

Finalement, vers 2 h 30 du matin, deux petites fourgonnettes de type militaire avec un toit en toile débarquent. Un parfait camion utilitaire pour transporter des animaux, des poules…

Je jette un œil à l’intérieur, il y a de la paille et des sacs en jute. C’est un peu anarchique, il faut le dire. Nuria me rassure immédiatement et m’annonce que ça ira parfaitement.

Elle se dirige vers le chauffeur et réclame à qui on doit payer.

L’homme ne répond pas, car il est occupé à harnacher son camion. Nous n’aurons jamais de réponse !

Tout à coup, un couple de Français baroudeurs arrive en courant :

« C’est bien ici le départ ? Vous reste-t-il de la place ? » demandent-ils au chauffeur.

 

 

Apparemment, nous ne sommes pas les seules à vouloir voyager de cette façon !

Le temps que tout s’organise, nous partons vers 3 h du matin. J’ai déjà froid.

Il faut dire que le village de Pitumarca est à 3570 m d’altitude. Je n’imagine pas encore la suite, ce qui va devenir un des moments les plus marquants de mon voyage au Pérou ! On monte toutes les deux dans le camion.

Je m’installe en tailleur à côté d’un homme péruvien d’une trentaine d’années.

C’est vraiment traditionnel à l’intérieur voire même un peu austère.

Je m’amuse mentalement.

C’est extraordinaire d’imaginer la France à ce moment-là. Je suis dans un fourgon qui sert à transporter le bétail avec des travailleurs/paysans péruviens et une Espagnole du Pays basque. 

Et parlons-en de l’altitude, plus les kilomètres défilent et les minutes passent… Progressivement, l’ascension se fait sentir. La température se rafraîchit et l’air se raréfie. C’est à la fois magique et déconcertant.

 

 

J’aperçois le croissant de lune par l’interstice entre le toit du poids lourd et la toile mal fixée. Je vois la cime des arbres. Je pars immédiatement dans une sorte de méditation.

J’imagine tout le chemin que l’on a encore à parcourir dans la montagne escarpée. La route sinueuse qui nous attend pour monter « poco a poco » comme on dit au pays ! ;).

Le camion ne roule pas plus vite que 20 km à l’heure et nous nous arrêtons environ toutes les 5 minutes pour ramasser les travailleurs péruviens en route.

Aussi bien qu’à la fin, nous sommes au moins une quinzaine dans la camionnette !

Au bout d’un moment, je me demande même si un Péruvien va venir s’asseoir sur mes jambes.

 

 

Nous roulons inexorablement vers notre destination : la montagne colorée en ligne de mire.

Il fait froid, terriblement froid. Soudain, Nuria sort des feuilles de coca de sa poche. Elle m’en propose. Je la remercie et en dépose quelques-unes entre ma langue et mon palais.

Le jus doit peu à peu se mélanger à la salive de façon à rester éveillé et actif : une aide pour l’altitude.

Après une heure trente de ballottage dans ce camion à poule, nous arrivons au départ de la randonnée Vini Cunca : la montagne colorée.

5 h du matin : C’est sûr, je n’ai jamais eu aussi froid de ma vie ! On est maintenant à 5000m d’altitude.

Malheureusement, on doit patienter pour accéder au sentier qui mène à la montagne colorée.

L’obscurité est totale lorsque l’on descend du camion.

La température est de -15 degrés Celsius. C’est une petite épreuve à relever après les quelques heures de sommeil, la route, les yeux qui brûlent et le froid glacial.

Tout à coup, un homme péruvien d’une cinquantaine d’années sort de sa tente.

Il nous regarde puis nous fait signe de s’introduire. Pas d’hésitation pour Nuria et moi : on entre dans ce modeste repaire sommaire, mais chaleureux.

Ce brave homme me montre un petit feu au fond de la tente où est entreposée une théière sur de l’eau bouillante.

« Te gusta chocolate caliente ? »

 

 

Oh mon Dieu ! Oui ! Je m’y dirige immédiatement et pose mes mains gelées proche de la théière de manière à me réchauffer les mains et le visage le plus rapidement possible.

Cet homme nous sauve la vie.

« Muchas Gracias ! » et c’n’est rien de le dire… Je repense à ce trajet un peu fou dans ce camion exigu.

Ces Péruviens transportés dans ce fourgon font la route chaque nuit et prennent leurs fonctions dans la montagne colorée dès 6 h le matin. Ils attendent les touristes de pied ferme : ils sont à la fois guides, billettistes, cavaliers

De véritables couteaux suisses. Il faut savoir que la montagne colorée existe seulement depuis une quelques années.

Avant, la « Rainbow Mountain » était recouverte d’un énorme glacier et accessible seulement par les alpinistes.

Malheureusement, à cause du réchauffement climatique — il est maintenant possible d’atteindre le sommet à pied.

La montagne est de toute beauté avec ses différentes teintes de couleurs, comme les sabliers multicolores que l’on fabrique pour les enfants.

Le problème : c’est que les agences de voyages ne se soucient absolument pas de l’environnement et envoient des cars de touristes à tour de bras.

C’est avant tout pour cette raison, qu’avec Nuria, nous avons décidé de nous y rendre par nous-mêmes, et aussi pour découvrir l’expérience unique que cela procure.

 

Début de trek et paysages stupéfiants / Montagne Colorée


Progressivement, le paysage se transforme grâce aux rayons du soleil.

On passe du rouge au vert, comme une toile de peinture que l’on s’amuserait à reproduire et à effacer. 

Avec des petits points blancs comme de la neige : des alpagas sur les monts enneigés violacés. Nuria et moi commençons déjà à faiblir un peu même avant d’attaquer la montée.

 

Ce n’est pourtant pas difficile. C’est le moment de dégainer nos fruits secs et les chocolats achetés la veille au marché.

Naturellement, nous mâchons de la coca aussi pour aider contre le mal d’altitude — c’est la norme ici !

Et ce n’est pas considéré comme une drogue ni au Pérou ni en Bolivie. Nuria me fait un signe de la main, elle a trouvé le poste de contrôle.

 

 

Elle est plantée là, habillée comme si elle partait faire un trek en Sibérie ou dans le nord du Canada.

Cette femme est drôle et surprenante. Je suis contente qu’elle ait décidé de m’accompagner pour cette aventure.

Il est seulement 8 h 45 du matin. La station de vérification semble être construit au milieu de nulle part.

Silencieusement, nous continuons notre marche sur le chemin de terre battue. Au fur et à mesure de notre avancée, nous croisons de petits chevaux et des centaines d’alpagas y compris leurs progénitures.

Je suis subjuguée par l’immensité du territoire.

Je vois des alpagas à perte de vue. Et que dire des montagnes ? Elles me paraissent ô combien majestueuses et irréelles ! 

À l’extérieur : le soleil vient à peine de se lever. La brume se dissipe au fur et à mesure que les rayons du soleil s’installent. Le combat ultime de notre cher astre versus l’ombre.

J’ai tellement hâte.

Finalement, on peut commencer notre fameuse ascension. La nuit est encore totale, un panneau planté devant la montagne indique fièrement :

 

« Welcome to the Rainbow Mountain, altitude : 4480 m ».

 

 

Au moins, on ne pourra pas dire qu’on ne nous avait pas prévenus.

Nuria et moi dirigeons encore dans le froid durant quelques minutes. Cependant, sur le versant d’en face : l’espoir pointe le bout de son nez et le soleil se lève timidement.

J’ai hâte que ses rayons viennent taper sur mon visage, mes bras et le haut de mon corps.

 

 

Je suis frigorifiée. Pourtant, la marche nous active et finit par bonheur par nous réchauffer.

Le paysage qui nous entoure est irréel et troublant de beauté. En avançant un peu plus sur le chemin, on commence à apercevoir une montagne spéciale, en dent de scie avec sa cime enneigée.

 

 

Autour, des troupeaux d’alpagas noirs et blancs paissent sans broncher.

C’est un lieu très particulier avec une sublime vitalité. On se croirait sur une autre planète grâce à la couleur du sol : vert, violet et rouge. Je suis complètement dépaysée.

 

 

Voilà une scène de vie traditionnelle normale : nous croisons un homme avec un dindon qui nous salue, l’air de rien !

Puis, un paysan trottine vigoureusement au côté de son cheval, un paso péruvien, je l’approuve d’un énergique « Buenas ! »

 

Visiter la montagne colorée sans guide : conseils et récit de mon expérience

 

Ascension vers la montagne colorée : 5200 m d’altitude


Lentement mais sûrement, voici notre slogan. 4000 mètres d’altitude et nous progressons vers les 5000 m !

Ce sera le point le plus haut jamais atteint me concernant. À présent, nous avançons vraiment à pas de tortue.

Immanquablement, nos forces s’épuisent. Le manque d’air dû à l’altitude et le moindre effort nous mettent K.O technique.

Et nous ne sommes pourtant pas les seules.

 

 

Je vois quelques personnes en contrebas souffrir autant que nous, voire plus. Finalement, on s’en sort même plutôt bien.

Après une ascension faible en dénivelé, mais longue, nous voilà maintenant au sommet.

MAIS QUEL SPECTACLE INCROYABLE !

L’autre versant de la montagne se dévoile peu à peu sous nos yeux émerveillés. Un festival de couleurs et du vent brusque à foison. La montagne est en fait un sablier de couleurs géant.

 

 

On se prend en photo pour immortaliser ce moment intense.

Cerise sur le gâteau : nous parvenons à nos fins et arrivons aux alentours de 9 h 30 de la matinée sans agence de voyages ! Défi réussi en partant à 5 h du matin.

 

 

 

Résultat : pas de horde de touristes pour gâcher nos photos et seulement nous pour profiter de cet endroit stupéfiant.

À ce moment précis, je ne regrette plus rien.

Ni de ne m’être réveillée à 2 heures du matin ni tous ces voyages ni le camion de poules. De constater mon périple extraordinaire.

Je réalise que j’ai une chance inouïe d’être en vie et de pouvoir profiter de celle-ci comme il se doit.

 

 

Saisir l’exceptionnel dans ce monde, serait-ce la solution à nos maux ? Exister intensément sinon rien ? Est-ce la définition du bonheur et de pouvoir s’autoriser à vivre l’instant présent ? 

Une fois au sommet où l’on reste un bon moment, deux choix s’offrent à nous : redescendre et repartir ou continuer notre périple vers la vallée du pic rouge (Cerro Rojo). Il est seulement 10 h du matin et la décision est vite tranchée. 

 

 

Continuer notre Trek vers le Cerro Rojo


Nous enchaînons avec le Cerro Rojo. Le paysage ressemble à la planète Mars. Le film Star Wars me revient en tête. Il y a d’un côté les montagnes rouges et jaunes et de l’autre les sommets ciselés avec la neige.

Les Péruviens sont habillés chaudement, leurs petits crânes sont recouvertes d’un bandana et leurs chevaux sont chargés comme des baudets !

 

 

Ils sont sans doute en expédition dans les montagnes.

Je filme et photographie inlassablement tandis que Nuria marche en tête.

Nous descendons au compte-gouttes la vallée qui se transforme brutalement en un magnifique dégradé oscillant du rouge vers le vert.

Après tout, nous arrivons au ruisseau principal où nous retrouvons les fameux alpagas — de véritables animaux stars au Pérou — et des maisons en adobe avec leurs toits de paille entourés de murets en pierre.

Nous traversons de nombreux villages où se trouvent juste 3 maisons !

Un peu plus tard dans l’après-midi, alors que nous marchons énergiquement, nous croisons un gentil petit garçon qui nous explique le chemin à prendre pour ne pas se tromper.

Nous voilà alors embarquées pour une marche de 4 heures de la vallée jusqu’à la sortie…

C’est une balade de rêve avec une quantité d’animaux inimaginables. Parfois plus glauque : on trouve un crâne de cheval en plein milieu d’un champ !

 

 

Au fur et à mesure de notre avancée, le paysage ressemble de plus en plus à une grande prairie, toujours bordée de montagnes désormais grisâtres.

On traverse des torrents, sautillant de pierre en pierre…

C’est une journée sous le thème du sport et de l’aventure. Enfin, nous atteignons la rivière où batifolent des centaines de lamas avec des pompons rouges dans les crins.

Apparemment, cela signifie qu’ils appartiennent à une famille bien précise — par exemple, un peu plus haut perché dans le village.

 

Paysage classique du trek

 

 

Retour à Cuzco


 

Cette journée fut réellement atypique à tout point de vue.

Je me sens tout à coup très privilégiée de vivre cette aventure et j’aimerais tellement que tu puisses accomplir la même chose !

Je ne le sais pas encore à ce moment-là, mais ma passion pour les treks et les voyages insolites est née : se donner la chance d’aller là où les touristes ne vont pas.

Pour moi, un périple réussi : c’est découvrir et explorer de nouveaux endroits et constater d’autres réalités.

Rencontrer pour se transformer.

On ne détient pas la vérité tant il y en a.

La fin de ce trek se déroule d’une manière surprenante : Nuria et moi nous retrouvons sur un camion à bestiaux pour rallier la petite ville locale de Pitumarca.

Les routes que l’on traverse sont terribles avec de profonds ravins.

Le camion s’arrête souvent pour ramasser des paysans et les déposer au milieu de nulle part ! D’autres fois, une villageoise péruvienne habillée en tenue traditionnelle, avec son agneau et ses cochons, embarque avec nous.

Retour vers Cuzco avec les enfants au Pérou

La routine ! Quelques heures plus tard, nous voilà de retour pour attraper un ultime bus nous ramenant à Cuzco.

On arrive réellement épuisées, mais la tête remplit de souvenirs les plus fous les uns que les autres…

Et si c’était ça l’essence même du voyage ?

 

 

J’espère que ce récit de notre aventure à la Montagne Colorée sans guide t’aura donné envie de te lancer dans ton propre trek.

Si tu aimes ce genre d’expériences et que tu prévois un voyage en Amérique Latine, je te conseille aussi de lire Explorer le Salar d’Uyuni en Bolivie pour une autre aventure inoubliable.

Et n’hésite pas à laisser un petit commentaire, ça m’aide à partager encore plus de récits et de conseils !

Merci !

 

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Ineys

Hey ! Je suis Inès, 33 ans et aventurière à temps plein maintenant. J’ai créée 999 vies pour partager avec toi mes aventures et conseils de voyage en solo + alternatif. Je voyage depuis plus de 7 ans, du Pérou jusqu'au Canada, de l'Europe à l'Asie sans oublier la Nouvelle-Zélande, la Chine & la Mongolie <3