Après la première partie de l’interview de Mona, l’aventurière où elle nous raconte son parcours depuis ses débuts jusqu’à son voyage en Inde… Nous parlons désormais de ses voyages en Indonésie notamment à Sumatra et au Chili sur l’île de Pâques. En fin d’article, Mona donne quelques conseils pour se lancer dans un long voyage et nous livre son slogan. Une discussion inspirante. Sans plus attendre, place à Mona.

 

 

>>> Lien vers la partie I de l’interview

Lien vers l’audio (interview complète) : à télécharger (vraiment facile) ici : INTERVIEW MONA

 

Mona : Ah oui… et tu ne m’as pas demandé si j’avais des regrets ?

Inès : Non, pas encore.

Mona : Je regrette énormément de ne pas avoir visité certains pays quand j’ai commencé à voyager dans les années 70.

Inès : Oui, car tout change et on ne les retrouvera plus comme ils étaient avant.

Mona : A l’époque, les gens pouvaient aller en Iran, en Irak, en Afghanistan, au Pakistan (ça se faisait beaucoup). Maintenant, ces pays sont exclus. Si on est une femme, on doit voyager en hijab – moi ça me tente pas.

Inès : L’Afghanistan, c’est compliqué.

Mona : Non – je n’y mettrais pas les pieds.

J’ai beaucoup regretté aussi de ne pas être venu en Asie plus tôt. Mon premier voyage en Asie c’était en 1988, j’avais 28 ans.

C’était au Népal. Je suis allée faire un trek au Népal et ensuite un 24 heures en Inde et c’est ce qui m’a décidé de revenir.

Inès : Au début c’était pour les montagnes.

Visiter la montagne colorée dans les montagnes autour de Cuzco

Mona : Oui absolument, le trek. Mais j’ai découvert tout un univers – un monde. Donc ça fait plusieurs fois que je reviens en Asie. Honnêtement je ne pourrais même pas te dire combien de fois je suis venue en Asie.

Inès : Oui, c’est vrai qu’on se sent bien en Asie. C’est très sécuritaire comparé à l’Amérique Latine par exemple.

Mona : J’ai ma petite théorie là-dessus. Tu ne le mettras peut-être pas dans ton entrevue car c’est toujours délicat de parler de religion. Le seul pays d’Asie ou je me suis moins / pas sentie en sécurité…

…Les Philippines.

Et les Philippines ont la même histoire moderne que l’Amérique latine. C’était des populations autochtones qui ont d’abord été colonisées par les espagnols et ensuite par les américains. Et d’ailleurs, aux Philippines, les faciès ressemble au Mexique. Parce que les philippins ressemblent aux mayas. Et les mayas aux asiatiques. Selon la théorie, ce sont des asiatiques qui auraient migré là à l’époque glaciaire.

Inès : Tu ne t’es pas sentie en sécurité dans les grandes villes – à Manille ou partout dans le pays ?

Mona : Partout.

 

1978 Dans une oasis dans la région de Tan-Tan, Maroc

 

Inès : C’était quand ? Parce que maintenant ça a l’air très sécuritaire.

Mona : J’y suis allé en 1991. 

Inès : Ça fait 32 ans.

Mona : Ça fait longtemps, oui. J’étais avec l’anglais que j’ai rencontré à Sumatra. On s’est promené dans plusieurs îles. La grande île Luzon, Cebu, Palawan (pas développé du tout à l’époque)

Inès : Ça devait être intéressant.

Mona : Oui, mais dès qu’on arrivait quelque part et qu’on voulait partir randonner dans la forêt comme on le ferait ici…

On nous disait “ah non, vous ne pouvez pas aller là… parce que les rebelles marxistes vont vous kidnapper et demander une rançon. Ailleurs, c’était les rebelles musulmans, etc.

Inès : Effectivement – ça ressemble à l’Amérique Latine. Il me semble que pour passer ou randonner entre la Colombie et le Panama – c’est très compliqué.

Visiter la montagne colorée dans les montagnes autour de Cuzco

Mona : L’Amérique latine est très violente. Il y a de nombreuses agressions surtout dans les grandes villes.

Inès : Où-est ce que tu es allée en Amérique Latine ?

Mona : Je suis allée plusieurs fois au Mexique parce que c’est à côté de chez nous et il n’y a pas de décalage horaire. À Cuba aussi, au Guatemala, au Nicaragua, au Costa Rica, au Pérou, en Bolivie, au Chili, en Équateur, en Argentine et oui l’île de Pâques !

Inès : Ah oui, l’île de Pâques. Tu m’avais raconté avant. C’est incroyable pour moi… tu as fait le tour de l’île de Pâques à pied ?

Mona : 2 fois. Dans le sens des aiguilles d’une montre et inversement.

Inès : Tu n’avais pas bien vu ? (Rires) Il fallait refaire.

Mona : J’avais été invité chez quelqu’un – la première de fois 4 jours et j’avais fait la connaissance d’un type qui vivait là sur l’île. Non pas un Pascuan mais un chilien. Carlos avait épousé une Rapa Nui, autochtone de l’île de Pâques qui l’avait largué là avec les deux enfants. En tout cas longue histoire. On s’est écrit pendant un an et demi. Et puis… il m’a invité chez lui. 

Je me suis dis .. Diantre ! Qui connais-je qui a été dormir chez l’habitant à l’île de Pâques ?

Personne…

Allez, hop. On y va !

Inès : À ce moment-là, tu étais au Chili ?

Mona : Non, j’étais au Canada. J’ai pris un avion pour Santiago et je suis allée directement chez lui. Mais j’avais emporté mon plan B. Mon plan B, c’était ma tente, mon poêle, ma bouffe, mon matelas, mon sac de couchage… j’avais tout ce qui fallait pour faire un bon camping.

Parce qu’après je retournais au Chili. Les années précédentes j’avais fait plusieurs parcs. Je campais. Je voulais retourner faire d’autres parcs que je n’avais pas fait.

 

Ile de Pâques – 1996

 

Inès : C’est un pays que tu as bien aimé le Chili ?

Mona : Il y a évidemment les Andes, des parcs nationaux à couper le souffle et puis la Patagonie… le célèbre parc de Torres del Paine, qui est tout à fait au sud de la Patagonie chilienne. Qui est d’une splendeur.

La dernière fois que je suis allée dans ce coin là… C’était en Patagonie argentine qui est très différente du Chili.

Inès : C’est très différent ? J’y suis jamais allé.

Mona : Oui. La terre de feu est magnifique. Mais là ce qui m’énerve à voyager en Amérique Latine c’est qu’il faut avoir toujours des yeux tout le tour de la tête.

Inès : Oui il faut faire attention en permanence, à ses affaires.

Mona : Oui, tout le monde qui va là-bas va se faire piquer ses affaires. Nous on s’est fait voler un sac à dos complet à Buenos Aires. Un petit sac de jour mais qui était bourré de trucs importants : pas d’argent ni de passeport bien sûr mais des choses essentielles.

Nos imperméables, nos pantalons étaient dedans.

Inès : Surtout pendant les déplacements en transport en commun, il faut faire attention à ne pas mettre son sac en dessous du siège. C’est vrai qu’il faut être sur ses gardes.

Mona : Faire attention à tout tout le temps. Et là je ne suis plus très jeune et ça m’énerve encore plus.

 

1991 – Dali, Yunnan, RPC. Femme de la minorité Hani

 

Surtout après avoir autant voyager en Asie et ne jamais avoir eu ce genre de problème.

Au contraire je t’ai raconté la fois que l’autobus est parti en Inde entre 2 bleds avec tous nos bagages et que on a pourchassé l’autobus pendant 2h30 en tuk tuk.

À l’autre bout, évidemment, il ne restait plus personne – tous partis mais nos 4 sacs étaient là dans un entrepôt. Il ne manquait rien. Pourtant, il y avait nos iPads à l’intérieur.

Inès : C’est le karma.

Mona : En tout cas ce que je pense c’est que ça n’arriverait pas en Amérique Latine.

Inès : Oui, on te les aurait pris là bas…

 

Comment choisis-tu tes destinations pour tes voyages ? Comment est-ce que tu planifies / organisés ? Es-tu appelé par un endroit ?

Mona : Souvent, je vais parler à des gens qui arrivent de quelque part. Je vais aussi être inspirée par des images, un film. Où je vais rentrer dans une galerie photos…

C’est comme ça, je me souviens, que j’étais allée dans la région de Jinghong, au Yunnan ou encore à Yangshuo près de Guilin dans le Guanxi… tellement fascinée.

Inès : En Chine ?

Mona : Dans le sud de la Chine qui a a peu près la même topographie que la région de Halong, Ninh Binh au Vietnam. Les monts karstiques, encore plus définis que ce qu’on a vu à Nong Khiaw (au Laos). J’avais vu les images et ça m’avait fasciné. Et je mettais dit : il faut absolument que j’aille là. Alors, j’y suis allée.

 

 

Inès : Et aussi c’est vrai que quand on nous raconte un pays. Ça donne vraiment envie d’y aller. Le dernier exemple, là c’était en Papouasie… j’ai rencontré une dame qui m’a décrit son pays – elle était originaire de là bas et ça m’a donné envie d’y aller.

Mona : J’imagine…

Inès : Ils transmettent quelque chose en plus en racontant leurs histoires.

Mona : En plus, ça élimine un peu le mystère de pouvoir discuter avec des gens de ces régions peu touristiques comme la Papouasie/Nouvelle Guinée. Ce ne sont pas des régions où il y a des tas de gens qui y vont.

Inès : Qu’est ce que tu as pensé de l’Indonésie ? Et où es tu allé ? Parce que quand on mentionne l’Indonésie, on pense à Bali, Java, Sulawesi, Sumatra… c’est tellement vaste. C’est la taille de l’Europe.

Mona : En 1991, je suis allée surtout à Sumatra et l’île de Siberut dans l’archipel des Mentawai et Nias.

Ensuite à Java et un saut à Bali.

En 1991, à Bali, ça allait encore. Ubud, c’était un village. La rue principale n’était pas encore revêtue… c’était de la terre battue.

Quand j’y suis retournée à Bali il y a 7-8 ans (2014-2015) et là ça été complètement transformé. À l’époque, on restait dans des guesthouse dans les rizières. Il en reste encore quelques-uns en marge… C’est tellement fou.

Inès : Oui parce que finalement ce qui faisait venir les touristes – ils sont en train de l’enlever pour créer des établissements touristiques.

Mona : Oui, comme ça s’est passé dans tellement d’endroits. Donc , ils font détruire ce qui les avait amené là. C’est la définition parfaite du parasitisme.

Il s’installe quelque part et il tue son hôte.

Mais sinon la dernière fois que j’y suis allée, j’ai passé beaucoup de temps à Sulawesi. C’est un secret que je ne veux pas trop ébruiter.

C’est vraiment extraordinaire.

 

>> En savoir plus sur la destination Sulawesi : découvrir l’île de Siau (nord Sulawesi)

 

Inès : Je suis d’accord avec toi. Je suis restée 40 jours à Sulawesi et c’était incroyable.

C’est un secret encore bien gardé. Il n’y avait pas beaucoup de touristes. Et les seuls touristes que tu vois – une dizaine de personnes et on se suit de place en place. C’est très familial. C’est très cool.

Mona : Et la plupart des gens qui vont en Sulawesi… c’est comme la destination Afrique… ce n’est pas des gens qui font leurs premiers voyages. C’est quand même reculé et un peu plus mystérieux etc. Donc c’est des gens un peu plus vieux et qui ont une expérience. 

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Inès : C’est un peu hors des sentiers battus, il faut le dire. Mais Sumatra aussi. Peut être un peu moins.

Mona : J’ai adoré Sulawesi. J’y retournerai demain matin.

Inès : Il y a énormément de gens que j’ai rencontré qui ont vraiment eu ce coup de coeur. Ils sont pourtant partis partout dans l’Indonésie, au Népal… et Sulawesi ça a vraiment été leur coup de cœur. Ça mêle des activités comme trek dans la jungle, détente et meilleurs spots de plongée au monde.

Mona : Et les rites funéraires de Tana Toraja. Qui vont disparaître bientôt d’ailleurs. Parce que la les jeunes ne veulent pas travailler toute leur vie et prendre toutes leurs économies pour enterrer pépé – mémé.

Inès : Je ne sais pas si ça va disparaître maintenant. Ils ont l’air encore très concernés.

Mona : Moi je pense que la prochaine génération, ils veulent un iphone / iPad, et voyager. Ça coûte très cher.

Inès : Je crois que c’est 40 000€ et c’est énorme la valeur d’un buffle albinos.

Mona : Et ils vont en abattre parfois des centaines. C’est épouvantable l’argent qui dépensent.

Inès : Et ce sont des rites funéraires qui paraissent vraiment fous. Par exemple : laisser quelqu’un chez eux pendant 2 ans dans du formol pour qu’il se conserve.

Mona : Moi les funérailles auxquelles on a assisté avec Bernard, la mémé qu’ils ont enterré – ça faisait 7 ans !

Inès : 7 ans !!

Mona : C’est pas vraiment dans le formol en fait, ils les momifient. Et ils les laissent dans leur lit, ils vont leur donner à manger, leur rendre visite, ils les lavent. 

Inès : C’est complètement incroyable et fascinant. On a pas du tout les mêmes croyances en France ou au Canada.

Mona : on était parti faire un trek avec un guide. Il nous avait dit :

 

“ Vous avez de la chance parce que pas très loin il y a des funérailles. Et on est invité. “

 

Inès : Est-ce que tu étais là- bas pendant l’été ?

Mona : Non, on voyage toujours à l’automne.

Inès : Parce que l’été, en juillet et août, il y en a énormément.

Mona : Oui, c’est pour ça qu’on a eu de la chance. Ça devait être fin novembre début décembre.

Inès : Hors saison.

 

As-tu des habitudes / rituels ou une routine que tu adoptes pour rester en sécurité pendant tes voyages ?

Mona : J’aime bien être dans un guesthouse ou un petit hôtel. Ce que je fais c’est que je parle toujours aux gens sur place qui peuvent me renseigner.

La mode des Airbnb ça ne m’intéresse pas du tout parce que le plus souvent tu n’as pas de contact.

Inès : Avant ce n’était pas comme ça. Il y a 2-3 ans c’était différent mais maintenant ils te laissent les clés et tu as une entrée autonome. Mais avant, je me rappelle que tu pouvais rencontrer des gens.

Mona : Ça c’est bien. Ça fait un peu guesthouse. Si tu n’as pas de contact avec les gens de l’endroit… c’est plus compliqué.. J’aime bien me renseigner surtout dans les grandes villes.

Quel quartier est sécurisé ? Quel quartier ne l’ait pas ?

Inès : Oui donc tu demandes toutes les informations quand tu arrives. Est ce que tu réservais avant ou tu débarques en freestyle ?

Mona : Maintenant, habituellement on réserve au tout début et ensuite on voit. Si j’aime pas on part.

Inès : Je fais exactement pareil. Je réserve une nuit pour être sûr parce que ça m’est arrivé des fois quand tout est complet. De payer une nuit 80€ au lieu de 20€. Je fais ça par sécurité et pour être quand même flexible.

Mona : Mais ça dépend de l’endroit. Si on connaît déjà…

Inès : Oui ! Est ce que tu reviens souvent dans les destinations où tu es allé ?

Mona : Oui, celles que j’ai beaucoup aimé. Sauf celles qui m’ont profondément marqué et que j’ai adoré… 

Inès : Tu y retournes pas parce que tu as peur d’être déçue..

Mona : Oui, parce que j’ai été déçue plusieurs fois. Extrêmement déçue par rapport à Ubud à Bali qui est pourtant une perle…

Inès : Moi j’ai entendu, à l’heure actuelle, en 2023… que des commentaires négatifs par rapport à Ubud, Bali. Personne n’aime.

Mona : C’était formidable en 1991 mais maintenant il y a beaucoup de touristes qui n’ont aucun respect pour les gens de l’endroit, les coutumes locales. Ça donne premièrement une très mauvaise réputation aux étrangers – les gens de l’endroit sont moins accueillants. Ils étaient ouverts et accueillants au début, mais il y a eu tellement d’abus, d’histoires qu’on a pu lire dans les journaux. Des gens qui allaient se baigner à poil dans les sources spirituelles.

Inès : Se baigner nu dans les sources sacrées.

Mona : Ils sévissent pas vraiment…

Inès : Qui dit Bali dit tourisme de masse, c’est la première pensée qu’on a.

Mona : Déjà en 1991, Denpasar avait cette réputation là mais je n’y ai jamais mis les pieds. J’étais partie directement sur Ubud et j’avais fait des virées dans le nord.

Avec Bernard, on est restés quelques jours puis on est parti.

Inès : Ah oui, vous êtes pas reste carrément.

Mona : Non, non on a fait un trek dans les rizières / snorkelling et on est parti.

Inès : J’y suis allée une journée à Bali en traversant à Banyuwangi en scooter. Mais c’était vraiment beau, et sans touristes (extrême nord ouest). La culture est intéressante.

Dans n’importe quelle saison, je pense qu’il y a du tourisme de masse.

Mona : Oui, les Australiens aussi y vont beaucoup, c’est à côté.

Inès : C’est beaucoup moins cher qu’en Australie.

 

1979, Sisi-Ifni – Maroc… Mona est allée 4 fois au Maroc en 78-79. Elle passe 5 mois avec des marocains, dont 2 familles. Elle parle de sa phase « bédouine »

 

Quelle est ton activité favorite en voyage ?

Tu es plus trek / plongée / fête ?

Mona : Je suis pas fête non. J’aime beaucoup la randonnée, la nature… mais j’adore aussi explorer les villes et découvrir, m’asseoir dans un café, regarder passer les gens. Un peu de tout. Je suis assez éclectique.

Et s’ il y a la possibilité de faire du snorkelling, j’en fais.

J’avais mon brevet de plongée sous-marine que j’ai obtenu en 1976. Et j’ai plongé à l’étranger. Mais ça fait tellement longtemps que je ne me sentirais pas en sécurité. Ça ne m’intéresse plus. De toute façon, les récifs sont en train de blanchir sur toute la planète. Ce n’est pas comme à l’époque. 

Inès : C’est vrai – ça commence à se dégrader.

Le trek, ça permet de rencontrer les locaux et de traverser les villages.

Mona : J’aime beaucoup.

Inès : En tout cas je suis d’accord avec toi. C’est un mix de tout ça qui est agréable en voyage. Et parfois aussi ne savoir rien faire, c’est important.

Mona : C’est très important ! Il faut savoir se reposer aussi. Surtout si on part longtemps.

 

Torres del Paine, Patagonie chilienne Dégustation de digüenes ou Pan de Indios, champignons comestibles délicieux non-hallucinogènes…

 

Que dirais-tu à quelqu’un qui hésite à se lancer dans un voyage autour du monde ?

Mona : Qu’il ne faut pas attendre parce que voyager, c’est comme jouer du piano… ça s’apprend. C’est comme n’importe quoi. Ça s’apprend. Et plus on tarde, plus c’est difficile. Pour le piano, on perd l’oreille, on perd la dextérité… comme une langue étrangère. Et le voyage si on ne l’intègre pas petit à petit… et on change en vieillissant. Je ne voyage plus aujourd’hui comme je voyageais à 20 ans. Et j’ai encore beaucoup d’énergie pour quelqu’un de mon âge. Mais je n’ai plus l’énergie d’avant. C’est sûr.

Par exemple, je ne peux plus : passer la nuit dans un bus, arriver le matin, prendre une douche, visiter toute la journée et faire la fête le soir. Ça je ne peux plus.

Inès : mais ça je connais aussi des personnes de 30 ans qu’ils ne le feraient pas.

Mona : (rires) donc il faut évoluer avec les voyages. J’ai rencontré toute ma vie des gens qui me disait :

 

“ Moi j’attends d’avoir la grosse maison, la grosse bagnole, avoir ma famille, attendre la retraite “

 

Et finalement, oui, ils vont voyager mais ils feront des tout compris, partir avec un groupe.

J’ai une copine qui est en groupe avec son conjoint au Vietnam. Oui ça se fait. Mais partir tout seul(e) – je ne dirai pas que ça ne se fait pas. Mais ça ne se fait pas.

Interview de Jeanne, artisane de la laine dans Catégorie sur 999vies : Interview du monde.

Inès : Partir un peu plus à l’aventure.

Mona : Oui, si tu ne l’as jamais fait. Si tu attends, tu auras beaucoup plus de craintes, t’auras pas les réflexes. Tandis que si tu as commencé jeune et que tu n’as jamais arrêté… c’est comme le vélo. Tu montes sur ton vélo et tu n’as pas peur de tomber. C’est pareil.

 

 

Pourquoi penses tu que tu voyages ou que tu as eu envie de voyager ? Le premier élan ? C’est pour découvrir des cultures ou tu devais le faire au fond de toi car tu es comme ça ?

Mona : Il fallait que j’aille voir. Mon premier voyage c’était en Europe, comme beaucoup de nord américain. Car ça nous ressemble davantage et c’est nos racines.

Je suis allée en France.

Inès : Ah ! Bienvenue.

Mona : Premier pays étranger ou je suis allée – c’était la France. Je connaissais déjà une partie de la culture. Je suis arrivée à Paris en plein mois d’août – il n’y avait personne dans les rues. Je me suis dis “ mon dieu, mais où sont les gens ? “

Inès : Je confirme. Paris au mois d’août il n’y a personne mais au moins tu peux te garer gratuitement. (Rires)

Mona : J’étais partie avec une copine. On a été repéré par des jeunes Français qui nous ont amenés chez eux. On a été hébergé. On leur avait donné un coup de main, retapé et peint un café. Donc ils étaient tous contents.

Inès : Ça c’est l’effet du Québec ! C’est exotique.

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Mona : Ils ne nous connaissaient pas à l’époque – ils étaient très curieux. En 1971, ils avaient entendu parler du Canada mais le Québec restait inconnu. Ils nous disaient : ah bon vous parlez français ? 

Pas comme maintenant, j’ouvre le bec, je dis deux mots, tout le monde dit “ ahhh… Montréal !”

J’étais une femme des Tintins, mes parents m’ont offert mon premier album quand j’avais 8 ans et je les ai tous lu. Bon, tintin, reporter qui voyage, ça m’inspirait. Il y avait tout… j’avais des coups de cœur.

Inès : Tu les as vraiment tous lu ?

Mona : Oui, plusieurs fois. J’avais des pays où je voulais vraiment aller.

Inès : Tintin au Tibet.

Mona : Non, pas à cette époque là. D’ailleurs je ne suis jamais allée au Tibet car maintenant c’est compliqué. Et moi et la propagande chinoise .. très peu pour moi.

Inès : Il faut prendre un guide aussi et ça peut vite revenir cher.

Mona : Trop compliqué et quand ça devient aussi compliqué je vais ailleurs.

Je voulais aller en Espagne, au Pérou et en Egypte.

Je sais que je les ai tous réalisés.

Quand j’ai commencé à être consciente du monde – je voulais explorer ce que j’avais lu dans Tintin.

J’ai toujours eu envie d’explorer mais maintenant je rentre dans ma maison – dans ma forêt au Québec – c’est chaleureux. C’est formidable avec mes chats. Et je me dis “ j’ai plus envie de voyager “

Et quelques mois plus tard, je lis, je vois où j’entends quelque chose et je me dis :

 

“ Ahhhh ce serait bien d’aller faire un tour ou de retourner “

 

Inès : Oui, moi ce que je comprends c’est que c’est quand même dans toi. Tu peux rester un moment mais tu as quand même quelque chose en toi qui te pousse / tu as envie.

Mona : Je connais des gens qui voyage sans arrêt. Et ça, je l’ai jamais fait. J’aime avoir un port d’attache. J’ai fait des grands bouts : 5 mois, 9 mois mais je revenais à mon port d’attache.

 

Et comment tu faisais pour garder ton port d’attache ? Moi je voyage sur le long terme, par exemple 2 ans / 3 ans.

Comment j’y arrive financièrement ? J’écris des articles ok. Mais surtout j’ai coupé tous les frais : pas de voiture, ni de logement à payer. J’ai juste ma facture de téléphone à régler au final.

Mais quand tu gardes un port d’attache pendant que tu voyages – comment tu faisais ?

Mona : Je louais mon appartement.

Inès : Ah oui c’est vrai !

Mona : J’ai toujours eu mon appartement et j’avais des chats. Pendant des années j’habitais sur le campus de l’université d’Ottawa. J’avais un appartement et donc je le louais pas cher mais la condition c’était de s’occuper des chats. Ça allait pour tout le monde.

J’ai toujours eu un mode de vie où je vis en dessous de mes moyens. Finalement ça se résume à ça. Tout le temps.

 

1989, Chutes Victoria, Zimbabwe, à la frontière de la Zambie

 

Inès : Parce que tu es minimaliste ? Ou ça s’est fait comme ça ?

Mona : J’ai grandis comme ça. Mes parents étaient minimalistes pour d’autres raisons. Et je ne ressens aucunement le besoin de posséder des bijoux, des toilettes, des grosses bagnoles. Rien, ça ne m’attire pas.

Inès : Pendant les voyages aussi, déjà quand on peut se loger et tester plein de nourriture de rue, faire des treks, des excursions – c’est déjà super bien.

Mona : C’est ça. Ceci dit aujourd’hui, je voyage de façon beaucoup plus confortable. Quand on est vieux, on fait pipi la nuit plus souvent. On a maintenant des adresses beaucoup plus confortables que quand on a commencé. Le moins cher que j’ai payé je pense c’était la hutte en paille à Sumatra – on se la partageait ça coûtait 50 centimes la nuit donc 25 cents chacun. C’était pas cher. J’ai longtemps voyagé de cette façon là.

 

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Est-ce que tu mets par exemple plus d’argent dans des excursions très organisées ? Ou tu t’organises toi-même ?

Mona : Très peu. J’en fait quelques-unes mais je vois ce qu’il y a. On est restés 9 jours et on a fait tous les jours quelque chose.

Inès : Il faut dire que Mona et Bernard sont quand même motivés ; ils louent des kayaks, des scooters, gravir des cavernes. Ils ont la forme.

Mona : Il faut. Si tu es très motivé à voyager – tu vas faire tout ton possible pour garder ta forme. Car c’est une condition sinequanone. Tu peux pas sinon.

Inès : L’argent tu l’investis aussi sur les transports que tu prends. Par exemple tu prends un taxi au lieu d’un bus maintenant.

Mona : Exact. On l’avait fait à l’aller, on avait déjà donné. Le jour de mon anniversaire, on sest paye un petit transport privé. Mais je vais te dire pourquoi, quand j’étais jeune, j’ai toujours vécu en dessous de mes moyens. Parce que j’avais une profession qui payait bien. Même si je travaillais peu comme j’ai toujours été à mon compte. Je travaillais assez pour me payer une retraite et payer mes voyages.

Je restais dans des hôtels avec des cafards en me disant :

 

“ Un jour, je serai vieille, j’aurais plus envie de voyager de cette façon là ”

 

Je voudrais continuer de voyager mais avec plus de confort donc ça coûtera plus cher.

Donc je mettais de l’argent de côté pour ça.

Inès : Ah oui, déjà en prévision !

Mona : Oui, et j’avais des amis qui me disaient :

 

“ Ah mais tu es folle, tu pourrais te permettre plus de choses. « 

 

J’ai des amis qui m’ont dit aussi :

 

“ Il serait peut être temps que tu refasses ta garde robe “

 

Car j’étais toujours vêtu de la même façon : un pantalon / jupe noire et une veste.

 

Inès : Mais tu gardais tes objectifs en tête.

Mona : Mais c’est là qu’il allait mon fric ! J’ai toujours dit : avec mon argent, j’achète de la liberté, j’achète du temps.

Inès : Le proverbe : « le temps c’est de l’argent » c’est vraiment vrai. Parce que tu as ton temps, parce que les personnes qui veulent voyager à la fin de leur vie – n’ont pas le temps maintenant. Mais ils ont de l’argent sur le moment.

C’est des choix.

Mona : Moi, j’achetais du temps. Et j’ai toujours eu cette philosophie là. Mes parents m’ont élevé de façon très frugale. On a jamais manqué de rien – mais pas de luxe.

Inès : Pareil. Et on est habitué à un certain minimalisme. Moi, par exemple, quand je dépense trop sur une journée, je me sens mal.

C’est bien pour voyager – c’est pratique.

Mona : Oui ! Ça fait une semaine qu’on se connait je sais pas si tu as remarqué mais j’ai toujours la même chose sur le dos.

Inès : C’est un sweat de hippie avec un soleil. Et Bernard a la même.

Mona : Nos chemises sont en coton indien achetés en Thaïlande. Et on en a de toutes les couleurs : noir, blanc, rouge etc. J’en ai d’autres à la maison. Et ça sèche en deux heures. Ça pèse rien. C’est confortable et décent. Et ça ne coûte pas cher.

Inès : C’est quoi l’adresse ?

Mona : Oh, il y en a littéralement partout. 

Inès : J’y vais dans 3 semaines 

Mona : Tu vas les reconnaître. Bernard en a toute une collection.

Inès : Un bon plan.

Mona : ça dure longtemps.

 

Dernière question. Quel est ton slogan ?

Mona : Qu’est ce que je gagne, le gros lot ?

Ahah, ce serait de ne jamais arrêter. Arrête jamais.

Inès : N’arrête jamais de faire quoi ?

Mona : Oui, ne jamais s’arrêter d’avancer, de faire des plans et des projets.

Mon père n’avait plus à 80 ans la forme qu’il avait plus jeune et il n’acceptait pas.

Il faut accepter de vieillir parce que c’est inéluctable.

Inès : Accepte oui mais continue toujours d’être en mouvement. La vie c’est de l’adaptation en permanence finalement.

Mona : Oui et si on fait ça, on peut continuer de vivre sa passion. Moi c’est les voyages mais pour d’autres c’est la musique ou l’art, la peinture.

Inès : Oui, tu définirais tes voyages comme une passion. Il y en a aussi qui voyage sans passion.

Mona : On le voit d’ailleurs. Ils sont là, ils sont pas heureux et ils ont l’air de s’emmerder. Bernard et moi on se fait toujours là réflexion : pourquoi ils sont là ?

Ça ta coûté un bras pour venir t’emmerder à l’autre jour du monde. Seigneur, trouve toi une activité près de chez toi. Ça fera moins de monde.

Inès : Oui c’est ça et c’est ok d’avoir d’autres passions que les voyages.

Mona : Absolument. Il y a les touristes et puis il y a les voyageurs.

Inès : Absolument, la frontière est fine mais on peut tout de même la délimiter. Les voyageurs sont en recherche de contact avec la population et un peu hors des sentiers battus.

Mona : Et ma devise c’est : c’est pas la destination qui compte, c’est le voyage.

Inès : C’est le chemin, ça c’est incroyable.

Mona : C’est pas de moi, c’est de plusieurs personnes. D’ailleurs j’ai essayé de voir de qui c’était. 150 personnes l’ont dit. Je ne suis pas originale mais c’est vrai. Parce que si on est trop catégorique et si on réserve tout d’avance… moi je connais des gens qui font ça, qui prévoie tout.

Moi je ne serai pas capable de faire ça, je ne suis pas assez organisée pour ça aussi.

Par exemple, j’arrive à Bangkok, c’est tout ce que je sais. Et à partir de là je vois…

Voyages au Québec et en Thaïlande : interview de Daniel Trumel, mon père

 

Par rapport à ça, est ce qu’on t’a déjà dit que tu voyageais à l’arrache ? Parce que moi je prends souvent cette réflexion haha.

Voyager à l’arrache… pas tant que ça selon moi. Car justement en voyageant de cette façon tu vas rencontrer des personnes et le voyage va se moduler autour de ça et de ce que tu vas faire.

Si c’est trop organisé et rigide, c’est plutôt ça qui me paraît étrange.

Oui tu peux organiser 2-3 nuits mais si tu organises TOUT. C’est sûr qu’à un moment – il va y avoir un loupé et tu vas peut-être rater ta réservation.

Mona : Et tu vas être très malheureux car tu n’auras pas suivi ton plan tracé.

Inès : Et tu n’auras pas suivi la personne qui peut t’apporter des bonnes choses.

Mona : C’est ça. Et je suis beaucoup trop indisciplinée pour faire un plan comme ça.

Inès : Je pense que c’est bien, ça va avec l’intuition.

Mona : Et ça va avec le voyage à long terme.

Inès : Oui, vous voyagez par tranche de 3-4 mois 

Mona : Avant c’était 3 mois, cette fois ci 2 mois et demi. Mais c’est assez de temps pour perdre son temps. M’installer quelque part juste pour lire.

Inès : Et tu culpabilises pas ?

Mona : Jamais !

Inès : Moi j’avoue que je culpabilise un peu parfois.

Mona : Tu es encore jeune. Tu vas voir quand tu auras un peu pris de l’âge – tu culpabilises moins.

Inès : Oui on peut pas tout faire.

Mona : A un moment, on a de moins en moins d’énergie. C’est pas nécessaire de tout voir car tout ce qu’on fait fait déjà partie du voyage.

Ce n’est pas la destination qui compte mais le voyage.

Inès : Et pourquoi pas rester 3 semaines dans une ville simplement lire et rencontrer les gens dans des cafés – c’est ok.

Mona : Et pourquoi pas.

Inès : parce qu’il y a toujours des personnes qui arrivent d’un pays et qui te disent : j’ai fait ça, ça, ça – les incontournables à faire.

Voyager c’est fatiguant il faut le dire. Mais ce qui compte je pense que c’est de prendre le temps nécessaire. C’est intéressant.

Mona : Et il faut éviter de vouloir tout faire. On a passé un mois au Vietnam, on a vu seulement 4 villes.

Inès : Oui moi je n’ai pas vu la baie d’Halong par exemple…

Mona : On peut jamais tout faire et si tu essaies de tout faire / tu vas rater des trucs c’est sûr.

Inès : Et aussi si on a pas envie. Par exemple, voir la baie d’Halong ou le Machu Picchu… il faut avoir envie d’y aller. Personne ne te force. Il y a quand même une pression sociale sur le voyage parfois. Par exemple, aller au Pérou sans voir le Machu Picchu, c’est considéré comme une honte on dirait.

Visiter la montagne colorée dans les montagnes autour de Cuzco

Mona : Moi je l’ai fait en 1975. Il n’y avait pas grand monde à cette époque. On s’est levé avec ma copine à 5h du matin pour prendre le train. On avait rencontré un gars qui travaillait aux nations Unis. Il avait loué une chambre et avait eu le malheur de nous le dire. Avec des américains, des Suisses, Louise et moi, on a squatté sa chambre. Et donc on a passé la nuit à Machu Picchu. Après le départ des touristes à 16h on est restés seuls sur le site jusqu’à 10h le lendemain matin lorsque le train est arrivé.

On a eu le temps aussi de monter jusqu’à Wayna Picchu.

Inès : Ah oui, je l’ai fait aussi ! Je me souviens d’avoir longé les rails jusqu’à Aguas Calientes depuis Hydroelectrica. Tu longes un peu comme des migrants.

Mona : C’était encore une fois beaucoup moins développé qu’avant.

 

Toute dernière question ! Quels sont tes projets pour l’année à venir ?

Mona : De voyage ?

Inès : Comme tu veux, ça peut être autre chose. Tu as le droit d’arrêter de voyager haha.

Mona : Je ne le sais pas. Bernard trouve ça bizarre car c’est la première fois que je ne fais pas de projets d’avance.

 

Mona & Bernard au Laos, en 2024

 

>> Lien vers la partie I de l’interview si tu as commencé par la fin… Je t’invite à compléter ta lecture pour connaître le parcours de Mona plus en détail. Merci encore à Mona. J’espère que cette mise en lumière sur son parcours exceptionnel t’a plu et t’a inspiré pour oser vivre une vie authentique (que ce soit dans les voyages ou non d’ailleurs).

Pour plus d’interviews, tu peux jeter un oeil à mon amie artisane Jeanne Letourneux ou à Julien qui a démarré une nouvelle vie agricole au Portugal. Bon vent.

 

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